
Comment comprendre le comportement de GREENPEACE dans l'affaire du Clémenceau ? Pourquoi cette ONG environnementale s'est-elle efforcée de sensibiliser l'opinion publique sur les dangers que représentait le désamiantage du porte-avions en Inde ?
Après tout, une réflexion cynique pourrait nous pousser à dire que ceci est un moyen d'assurer du travail pour des milliers d'ouvrier en Inde tout en évitant de subir en France la pollution que l'amiante ne manque pas de créer.
Plus sérieusement, une ONG environnementale est censée protéger l'environnement de ces membres, et ici GREENPEACE France a préféré que le désamiantage ait lieu en France, avec les conséquences négatives sur la santé que cela peut avoir pour les ouvriers français.
Voici une interprétation à la lumière de ce que je fais dans un de mes chapitres de thèse, qui vaut que ce qu'elle vaut, mais qui me permet de me dire que je fais des trucs qui peuvent servir à comprendre quelque chose dans la vraie vie.
Ce qui à mon avis caractérise aujourd'hui le plus les environnementalistes, c'est leur capacité à se saisir de problèmes environnementaux touchant des populations étrangères. En gros, personne n'aime la pollution quand on la subit soi-même mais peu de gens sont sensibles à la pollution subie par d'autres. C'est ce qui fait d'eux, selon mon hypothèse, des environnementalistes. Donc, dans leur satisfaction, dans leur fonction d'utilité si vous voulez, ces personnes subissent un dommage personnel non seulement quand ils font eux-mêmes face à de la pollution, mais aussi quand la pollution est subie par d'autres.
Par conséquent, ils réagissent en fonction de ces deux aspects. Dans le cas du Clémenceau, l'envoyer en Inde, c'était un moyen d'éviter de la pollution chez nous, pour aller l'exporter dans un autre pays.
Certes, les gens de GREENPEACE ne sont pas heureux qu'ils faillent dépolluer à Toulon ce porte-avions, mais ils pensent que les ouvriers indiens sont moins préparés que nous à traiter cette amiante, et que donc les conséquences négatives pour eux seront beaucoup plus importantes que celles que nous subirions si nous le faisions nous-mêmes. Donc, la satisfaction des environnementalistes, leur utilité, aurait globalement baissé si le désamiantage avait eu lieu là-bas.
D'où leur coup de force pour ramener le bateau en France, alors mêmes que certains d'entre nous (ceux moins sensibles aux problèmes environnementaux subis par d'autres) aurait préféré réumérer les Indiens pour le démantelage du bateau.
Dans ma thèse, je caractérise les conditions précises sous lesquelles les environnementalistes sont prêts à déteriorer la situation environnementale locale, afin d'améliorer celle à l'étranger et de ce fait augmenter leur satisfaction totale. Cela va notamment dépendre du type de pollution considéré (est-ce qu'elle est uniquement locale, ou bien globale) mais également de la similitude entre les pays. Je renverrai à ma thèse dans quelques temps pour ceux souhaitant plus de détails sur ces conditions. Mais déjà, la bataille du Clémenceau correspond tout à fait à l'un des cas que je caractérise.
Cool.
Bises, Joan
p.s. l'image c'est des bélugas (copiright, Maryse), des baleines en voie de disparition. C'est un autre exemple de mobilisation sur des sujets environnementaux qui ne nous concernent pas directement, et puis ça m'évite de mettre une photo de porte-avions.