mardi 10 octobre 2006


Comment comprendre le comportement de GREENPEACE dans l'affaire du Clémenceau ? Pourquoi cette ONG environnementale s'est-elle efforcée de sensibiliser l'opinion publique sur les dangers que représentait le désamiantage du porte-avions en Inde ?

Après tout, une réflexion cynique pourrait nous pousser à dire que ceci est un moyen d'assurer du travail pour des milliers d'ouvrier en Inde tout en évitant de subir en France la pollution que l'amiante ne manque pas de créer.
Plus sérieusement, une ONG environnementale est censée protéger l'environnement de ces membres, et ici GREENPEACE France a préféré que le désamiantage ait lieu en France, avec les conséquences négatives sur la santé que cela peut avoir pour les ouvriers français.

Voici une interprétation à la lumière de ce que je fais dans un de mes chapitres de thèse, qui vaut que ce qu'elle vaut, mais qui me permet de me dire que je fais des trucs qui peuvent servir à comprendre quelque chose dans la vraie vie.

Ce qui à mon avis caractérise aujourd'hui le plus les environnementalistes, c'est leur capacité à se saisir de problèmes environnementaux touchant des populations étrangères. En gros, personne n'aime la pollution quand on la subit soi-même mais peu de gens sont sensibles à la pollution subie par d'autres. C'est ce qui fait d'eux, selon mon hypothèse, des environnementalistes. Donc, dans leur satisfaction, dans leur fonction d'utilité si vous voulez, ces personnes subissent un dommage personnel non seulement quand ils font eux-mêmes face à de la pollution, mais aussi quand la pollution est subie par d'autres.

Par conséquent, ils réagissent en fonction de ces deux aspects. Dans le cas du Clémenceau, l'envoyer en Inde, c'était un moyen d'éviter de la pollution chez nous, pour aller l'exporter dans un autre pays. Certes, les gens de GREENPEACE ne sont pas heureux qu'ils faillent dépolluer à Toulon ce porte-avions, mais ils pensent que les ouvriers indiens sont moins préparés que nous à traiter cette amiante, et que donc les conséquences négatives pour eux seront beaucoup plus importantes que celles que nous subirions si nous le faisions nous-mêmes. Donc, la satisfaction des environnementalistes, leur utilité, aurait globalement baissé si le désamiantage avait eu lieu là-bas.

D'où leur coup de force pour ramener le bateau en France, alors mêmes que certains d'entre nous (ceux moins sensibles aux problèmes environnementaux subis par d'autres) aurait préféré réumérer les Indiens pour le démantelage du bateau.

Dans ma thèse, je caractérise les conditions précises sous lesquelles les environnementalistes sont prêts à déteriorer la situation environnementale locale, afin d'améliorer celle à l'étranger et de ce fait augmenter leur satisfaction totale. Cela va notamment dépendre du type de pollution considéré (est-ce qu'elle est uniquement locale, ou bien globale) mais également de la similitude entre les pays. Je renverrai à ma thèse dans quelques temps pour ceux souhaitant plus de détails sur ces conditions. Mais déjà, la bataille du Clémenceau correspond tout à fait à l'un des cas que je caractérise.

Cool.
Bises, Joan

p.s. l'image c'est des bélugas (copiright, Maryse), des baleines en voie de disparition. C'est un autre exemple de mobilisation sur des sujets environnementaux qui ne nous concernent pas directement, et puis ça m'évite de mettre une photo de porte-avions.

6 commentaires:

À 6:48 a.m. , Anonymous Anonyme a dit...

Oui ils sont bien gentils les environnementalistes de "PaixVertes" (pas d'anglicismes pour les quebecois SVP)mais est-ce qu'ils habitent à Toulon ou bien ont de la famille dans le domaine du désamiantage? Sinon c'est un peu facile pour eux de dire c'est mieux de faire faire ça par des travailleurs toulonnais qui sont il est vrai plus "equipé" plûtot que par des petits indiens (parce qu'ils sont tous petits la bas et y a même pas d'équipe de rugby la bas en plus...). Enfin bon au fnal l'éthique ecolo-internationale est sauvée et la France ne devra pas subir de sanction de la part de l'ONU ni un embargo américain sur les chapeaux de cow-boy.
En plus dans ce post il ya beaucoup trop de références à une certaine thèse mais on attends pour voir le raisonnement final de l'économiste qui est en toi.
Viva la révolucion verde.
El présidente.
PS: j'ai entendu dire que pour fêter la réconciliation franco-indi-green peace, il va y avoir l'organisation d'un match de bienfaisance de rugby entre le club de toulon et les employés des chantiers Indiens.

 
À 11:04 a.m. , Anonymous Anonyme a dit...

ce n'est qu'en fin de lecture que j'ai reconnu l'autodérision et la provocation dont sont coutumiers les abonnés du site autisme et économie...

 
À 3:25 p.m. , Anonymous Anonyme a dit...

Joseph, je vais prendre le rôle du cynique que personne ne veut endosser en public (disons devant le public restreint du blog).
Que se passe-t-il si les indiens meurent de faim avec leurs femme et enfants tout de suite, contre pas de maladie liée à l'amiante dans 20 ans avec une probabilité de 15% ?
Est ce que quelqu'un peut faire croire à d'autres par des équations qu'il y a un arbitrage, alors qu'il me semble que c'est basiquement un rapport de force idéologico-hypocrito-médiatique

 
À 3:08 p.m. , Anonymous Anonyme a dit...

Je voudrais pas faire la morale sur ce blog embryonnaire, mais il est d'usage que le proprio mette un point d'honneur à répondre aux commentaires que des désespérés lui laissent

 
À 8:43 a.m. , Blogger Kirsten et Joan a dit...

Je comprends vos points de vue mais le "rapport de force idéologico-hypocrito-médiatique", je sais pas trop ce que ça veut dire.

Il est évident qu'il y a d'autres raisons aux décisions de Greenpeace que la maximisation d'une fonction d'utilité un peu particulière, et notamment des questions de droit touchant à la Convention de Bâle sur le transport des matières dangereuses, mais il n'empêche que pour Greenpeace, il y a vraiment un arbitrage à faire. Et puis, il est beaucoup plus courant que les groupes de pression soient "functionaly specialised", c'est-à-dire qu'ils se centrent sur un seul enjeu (l'environnement pour Greenpeace) et ce n'est que la conjonction de différents groupes de pression qui peut éventuellement amener à prendre en compte tous les aspects du problème.

Bref, ça pète pas très haut ce que je raconte, mais je pense vraiment que cela peut illustrer quelques comportements a priori un peu incohérents.

 
À 7:30 a.m. , Anonymous Anonyme a dit...

Et pendant ce temps la, à Brest, on se bat pour le garder en rade. Dès que je rentren je t'envoies des photos des manifs !
Comme tu peux le constater le téléphone arabe a fonctionné et j'ai trouvé ton blog ! Je vais donc désormais pouvoir suivre tes palpitantes aventures.
Pleins de bisous
Ta cousine préférée

 

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