Neige, énergie fossile et le retour de la dinde

On m'avait dit, tu verras, il neige pas avant le 1er décembre à Montréal, ben ça a pas manqué, aujourd'hui, c'est mélange de neige et de pluie verglassante. Hier, il faisait 16 degrés. Ils sont fous ces canadiens !
Sinon, j'ai assisté ce matin à HEC Montréal à une excellente présentation d'un scientifico économiste de Vancouver. Après avoir rempli ma bouche de deux croissants pas bon et rempli mon mug d'un grand café pas très bon non plus, je me suis installé pour écouter Mark Jaccard présenter son nouveau livre sur les énergies fossiles. Cet homme là a fait sa thèse en France, et travaille depuis vingt ans sur les questions énergétiques, et notamment sur les conséquences en termes de réchauffement climatique.
Ce qu'il explique dans sa présentation, c'est qu'on entend souvent deux choses : 1. On atteint le pic de notre consommation de pétrole car les réserves s'épuisent, ce qui va entraîner de nouveaux conflits pour s'accaparer les dernières ressources avant de conduire inexorablement au chaos et au retour des temps moyen-âgeux. 2. Ce sont ces mêmes consommations d'énergie fossile qui de toutes façons entraînent une augmentation de la concentration des gaz à effet de serre, donc au réchauffement climatique, qui devrait inéxorablement nous conduire au chaos et à la fin des temps, donc au début du Moyen Age.
Sa thèse est la suivante : tout d'abord, il n'est pas vrai que nous allons manquer dans un avenir proche de combustible fossible. C'est peut être vrai pour le pétrole conventionnel, mais si les prix du pétrole restent au niveau qui sont les leurs en ce moment, il est aussi tout à fait rentable d'aller chercher d'autres formes de pétrole, ou bien tout simplement d'utiliser le charbon, qui peut tout à fait remplir le rôle du pétrole (il était utilisé par les allemands pendant la guerre et aujourd'hui encore en Afrique du SUd, car le pays ne pouvait plus s'approvisionner en pétrole du temps de l'Apartheid). Or, des réerves de charbon dans le monde, y'en a encore pour tenir quelques millénaires.
Plus intéressant, c'est l'enjeu en termes d'émissions de GES. Jaccard explique qu'il existe des technologies pour éviter de brûler le pétrole ou le charbon et donc pour éviter d'émettre de nouveaux GES dans l'atmosphère. Ces technologies supposent que les combustibles fossiles soient utilisés seulement pour produire de l'électricité et de l'hydrogène, celle-ci servant dans le moteur de nos voitures. Au moment de cette production, les émissions pourraient être facilement captées et stockées dans le même temps dans les sols ou au fond des océans. Ces techniques de stockage sont déjà utilisées en Alberta (la région productrice de pétrole au Canada) et pourraient selon lui être généralisables.
Pourquoi faire ça me direz-vous alors que l'on pourrait avoir à disposition le nucléaire ou les énergies renouvelables ? Déjà, il table sur une consommation énergétique mondiale multipliée par trois à l'horizon 2100. Or, dans ce cas, pour un même niveau d'émission de CO2, il coûte beaucoup moins cher de continuer à utiliser pour partie des combustibles fossiles, avec ces techniques de stockage, en ajoutant un peu de nucléaire et plus d'énergie renouvelable qu'aujourd'hui, plutôt que de passer au tout énergie renouvelable.
Par contre, son exposé est beaucoup moins convaincant sur les incitations à mettre en place pour assurer le développement de ces nouvelles techniques de stockage, et également pour passer à l'hydrogène pour les moteurs de voiture mais je trouve quand même intéressant de présenter cette idée qu'il peut y avoir un découplage entre utilisation des énergies fossiles et émissions de GES.
Sur ce, je suis retourné manger un autre croissant après la conférence et j'ai repris un café, preuve que finalement, c'était pas si mauvais que ça. En tout cas, meilleur que le libanais d'hier soir, mais sûrement bien moins bon que la dinde de Thanksgiving à laquelle j'ai spécialement droit ce week-end chez la mère de Kirsten, puisque je n'avais pas pu la goûter au moment du vrai Thanksgiving.
Bises, Joan
ps La neige, elle peut s'en venir, je l'attends de pied ferme.

1 commentaires:
Mark Jaccard's advice on climate change, the imminent exhaustion of fossil fuels, and the end of civilisation as we know it is: "Don't panic."
j'aime bien ce gars...
++
houss
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